
Mon Journal
22 mars 2010
Eh oui, de la même manière que les informations sur Haïti, mes mails haïtiens s’espacent également… Car forcément, de notre côté aussi, les choses se bousculent moins, une nouvelle normalité prend le dessus des émotions et des bouleversements de janvier. On se construit des nouveaux repères, un nouveau quotidien en apprenant à faire avec la nouvelle forme de misère qui nous entoure.
Pour ma part, je dis bien « apprendre à faire avec », car il m’est extrêmement difficile d’avoir actuellement tant d’amis qui sont là, si démunis, sans aucune source de revenu et sans aucune réserve, sans perspective imaginable pour la suite et surtout sans argent pour manger aujourd’hui. C’est quelque chose qui a toujours existé en Haïti de manière massive, mais là, c’est plus fort que jamais, cela a pris une dimension insupportable. Et je suis confrontée à ce que je représente en tant que blanche, au fait que malgré tout, j’ai de l’argent, et que tant que j’ai, je me dois de partager, mais après ? Je ne peux pas nourrir une communauté ad eternam, je suis contre ce genre d’aide… Je ne veux pas créer de dépendance ou autre. Mais je n’ai pas non plus une position qui me permet de créer des emplois… Donc pas facile, j’apprends. J’apprends à dire non, j’apprends à ne pas forcément être comprise, j’apprends à ne pas trop culpabiliser.
Au niveau de mon quotidien à moi, parallèlement à ces questionnements, de nouvelles priorités totalement hors-séisme ont pris ou repris le dessus : comment trouver ce satané argent pour la construction de notre école en sachant qu’on ne PEUT PAS démarrer en septembre prochain dans les locaux actuels ; comment faire comprendre et intérioriser à mes étudiants qu’enseigner la lecture, ce n’est pas juste faire du b-a-ba ; quels conseils leur donner pour travailler la production orale du français, quand certains d’entre eux ont tant de difficultés à s’exprimer en français et qu’ils ont jusqu’à 60 élèves dans leur classe ; comment les convaincre de faire travailler leurs élèves en petits groupes et de ne pas poser que des questions en frontal et en collectif; comment oser entrer dans mes toilettes quand il y a une araignée de 25 cm de diamètre qui m’attend à l’entrée ; comment rester zen et souriante quand je rentre chez moi le soir, toute transpirante, qu’il n’y a plus d’eau jusqu’au lendemain, qu’il n’y a pas d’électricité, et qu’il fait 40 degrés dans ma chambre…
Sinon, je ne suis retournée qu’une fois à Port-au-Prince ce mois-ci, pour une séance avec la coopération suisse. Les tentes ont quand même fini par augmenter sur la majorité des places, même si de nombreux camps de réfugiés sont encore sous des draps et bouts de cartons. Les répliques persistent, la pluie tombe régulièrement, et la vie continue, avec la faim et toutes les difficultés liées au non-abri, au non-emploi généralisé, etc.
A Pâques, mon amie Monica vient depuis la Suisse , nous allons organiser 2 séminaires à Port-au-Prince pour une association de femmes, afin de les remobiliser suite au traumatisme et de voir avec elles ce qu’elles peuvent faire et démarrer avec leurs compétences, leur situation, leurs idées… Je m’en réjouis !
Donc voilà, au-delà de tout cela, sachez que je vais bien, même très bien ! Le travail est très intense durant la semaine, mais à présent j’arrive à décrocher le week end, à prendre du temps pour moi avec les gens que j’aime, à profiter du soleil, à continuer à faire des découvertes sur la culture haïtienne… Que du bonheur ! Et je vais même prendre une semaine de vacances en mi-avril pour voyager un peu dans le pays ! (ah, quand mes amis se moquaient de mes nombreuses vacances d’enseignante genevoise, ça a bien changé, hihi !)
J’espère que de votre côté, tout roule et que le printemps se fait sentir pour de vrai ! A tout bientôt mes amis.
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22 février
Ah, mes amis, la vie n’est pas facile, non... Voilà plus de 2 semaines que je ne vous ai plus écrit, car mes journées sont extrêmement remplies, à un tel point que j’en suis arrivée à un degré d’inefficacité et d’épuisement pas très agréable à vivre...
La vie « normale » a vraiment de la peine à reprendre en Haïti. Chaque jour, le quotidien se fait plus compliquée et plus misérable pour tout un chacun : la pluie ; les secousses qui continuent ; une école au Cap Haïtien qui a été écrasée par un glissement de terrain (rien à voir avec le tremblement de terre, mais vous pensez bien la réaction de la population : toutes les écoles de la ville se sont refermées, et on ne sait pour combien de temps...) ; les possibilités économiques qui se font de plus en plus rares pour tant de familles; la faim qui sévit ; des conflits qui éclatent entre protestants et vaudouisants ; tous ces étudiants qui sont dans la rue, démunis, avec leur livre d’anglais pour ne pas « trop » perdre leur temps ; les blessures du tremblement de terre qui sont mal soignées et qui ont pour conséquence des amputations de membres ou des apparitions de vers dans les plaies (c’est le cas de certains de mes amis, je l’ai vu et me suis révoltée)...
Pour ma part, je vis toujours bien, j’ai de quoi manger correctement chaque jour, j’ai pu me racheter un vélo, je peux me déplacer dans le pays sans avoir besoin de « calculer », je peux même beaucoup partager avec les gens autour de moi... Mais le fait d’être entourée au quotidien par cette misère, de voir si peu d’évolution positive, de parler avec tant de gens découragés (même mes acolytes, qui ont une motivation et un don de soi hors-norme, commencent à être à bout de souffle), de devoir interrompre les cours à tout moment car il y a un bruit quelconque à côté de nous et que tout le monde (moi y compris) se précipite dehors en pensant que ce sont des secousses, de rencontrer sans cesse de nouvelles personnes venues de la capitale qui me racontent leurs histoires plus horribles les unes que les autres... Cela me donne de magnifiques leçons de vie et je bénis la Vie de me permettre de vivre une telle expérience, mais là, ouah, il y a un moment où ça fatigue... Il y a trop à faire, en Haïti, trop. J’ai donc vécu quelques jours plus difficiles, avec une grosse baisse d’énergie, où j’ai réalisé que je ne prenais plus de temps pour moi, pour voir mes amis, où c’est mon corps qui a décidé de me dire « stop ». Cela explique donc en partie mes écrits plus espacés. Il en est de même pour les mails individuels : j’ai dû prendre la décision de moins vous répondre, pour ne pas perdre le sens de ma vie ici, pour reprendre du souffle en puisant mon énergie là où il y a de la richesse en Haïti : dans l’Humain. Donc rationnement de mes heures « ordinateur », malgré l’impératif de recherche de fonds qui se fait de plus en plus urgent pour la construction de notre école.
Sinon, quoi de neuf ? Le week end du 12 au 14 février, expérience assez intéressante à vivre : le gouvernement a décrété 3 jours de jeûne et de prière nationaux. Incroyable mais vrai, il faut s’imaginer un pays entier qui « s’arrête » : toutes les boutiques fermées, plus de transport, pas de marché... et une drôle d’effervescence dans la rue, où on surveille qui va prier ou pas, combien de temps, qui mange quand même ou pas...et ce avec beaucoup d’humour ! Ambiance assez plaisante dans mon village, mais pratique qui me questionne quand même sur le fonds... Demander de jeûner à tant de gens qui ne peuvent pas manger une fois par jour en ce moment... Et le pire pour moi, c’est quand, le dimanche soir, à peine les sessions « prières » terminées, un ami qui loge sous un drap à Port-au-Prince m’appelle, en pleurant, en me disant qu’il pleut à verse... Et que lundi matin, on apprend que cette école du Cap Haitien s’est effondrée à cause de la pluie, faisant 4 enfants morts et de nombreux blessés... Après 3 jours où le pays entier n’a fait qu’implorer Dieu... ça me questionne, tout ça.
A côté de tout cela, il est évident que les gens continuent à « vivre », à garder espoir (bien que celui-ci s’amenuise de jour en jour), à rire, à positiver, à discuter des heures durant sous la lune...
Et pour ma part, je commence à ressentir en profondeur à quel point le bonheur est dans notre cœur, bien loin de tout confort ou autre. Je pense que si les besoins de base sont réunis (nourriture, abri, sécurité), il suffit d’être bien avec soi-même et avec les personnes qui nous entourent. Car je n’ai jamais vécu aussi simplement de ma vie, et je peux réellement affirmer que je suis heureuse.
Au niveau professionnel, nos 3 écoles (primaire, secondaire en création et école normale) vont bon train, on continue à innover au quotidien en fonction des différents besoins que nous identifions, et c’est toujours un pur bonheur de travailler avec tous ces enfants ou étudiants. En revanche, dans la région, il reste tant d’enfants qui n’ont pas repris le chemin de l’école (manque d’argent et peur des parents, manque d’encouragement des directeurs et enseignants), malgré les directives de base de l’Etat, toujours aussi invisible en fin de compte. Avec Lorson et Esdras, nous comptons organiser à nouveau une rencontre pédagogique avec les acteurs de la zone pour voir ce qui pose problème et ce que l’ont peut faire. A Port-au-Prince, l’école est également un sujet de débat, entre ceux qui veulent reprendre avec les moyens du bord et ceux qui les insultent en disant qu’ils devraient avoir honte d’ouvrir leur école alors que tant d’autres sont détruites... Sans commentaire.
Mais bon, quand même une chose assez chouette : mes amis de Port-au-Prince avec qui j’avais fait mon projet théâtre ces deux dernières années, qui ont créé une troupe de danse-théâtre- musique, ont été mandatés par une branche du ministère pour faire des ateliers aux enfants de certains camps de réfugiés dans la ville! Ils devraient commencer la semaine prochaine, génial !
Et enfin, comme à mon habitude, je vais terminer avec une pensée positive venant de mon cher Esdras, mon directeur : l’autre jour, il est arrivé vers moi en me disant « Ah, je suis content, car j’ai réalisé une partie de ce que je devais faire aujourd’hui ! » Et moi qui m’énervais chaque jour car je n’avais pas réussi à cocher toute ma liste des choses à faire... Je peux vous dire que depuis ce jour, j’ai décidé de changer d’optique et que ça marche plutôt bien ! Finalement, tout dépend de quel angle on regarde les choses.
Plein de belles pensées pour vous tous qui vous approchez du printemps ! Céline
N.B. Pour les personnes qui nous ont soutenus à travers le fonds « tremblement de terre » : A la base, j’avais décidé de remercier chacun de vous individuellement, mais je vous avoue que là, je n’y arrive pas, malgré tous les stratagèmes que j’ai imaginés pour créer des heures dans mes journées. Je tiens donc à exprimer mon infinie reconnaissance à chacun d’entre vous (et je vous promets que j’ai chacun de vos visages devant les yeux). Voici le petit mot que j’avais préparé :
Le 12 janvier dernier, en quelques secondes, la vie en Haiti s’est écroulée. Dans un pays où tout était déjà tellement difficile pour tant d’êtres humains, soudain « survivre » est devenu un défi en soi.
Je tiens donc à te remercier infiniment pour ta généreuse réponse à notre appel et pour la confiance que tu nous as faite, dans une période où l’embarras du choix régnait concernant la question « A qui donner de l’argent ? ».
Grâce à toi nous avons pu récolter plus de 10'000 francs, que nous sommes en train d’utiliser dans différents micro-projets. La priorité que nous nous sommes donnée est le soutien aux plus démunis, n’ayant pas de possibilité de recevoir une autre aide extérieure.
- Nous avons déjà apporté un soutien à 200 familles de notre région qui ont dû accueillir de nombreuses personnes réfugiées de Port-au-Prince, dans le but qu’elles puissent acheter de la nourriture pour tous.
- Lors de nos voyages à Port-au-Prince, nous avons à chaque fois acheté de grosses quantités d’eau, de riz et de légumes à distribuer dans le quartier de Lorson et Esdras, totalement dévasté et où aucune aide n’a encore été apportée.
- Toujours dans l’aide d’urgence, nous avons pu permettre à un ami de Port-au-Prince vivant sans aucun abri sur une place publique, de construire une petite maison de tôle pour lui et son entourage proche.
- D’autre part, nous avons ouvert une école secondaire alternative pour les jeunes rentrés de Port- au-Prince, afin de leur offrir un enseignement de qualité sans saturer les autres écoles de la région, surpeuplées et rencontrant tant de problèmes à tous les niveaux. Le fonds « tremblement de terre » nous a permis de couvrir quelques premiers frais de démarrage et les premiers salaires des enseignants, également sinistrés de Port-au-Prince.
Et bien entendu, de nombreux autres projets sont en court (comme des appuis à la reconstruction pour des personnes très pauvres d’un village voisin, dont les maisons se sont effondrées). Je te tiendrai au courant des différentes choses qui auront pu être réalisées.
A présent, pour réellement aider la communauté avec nos compétences propres, il nous faut absolument poursuivre notre projet de construction d’école, devenu encore plus nécessaire et urgent. Pour plus d’informations, tu connais certainement notre site internet : www.revedepaix.org. Si tu souhaites nous soutenir à tout moment, n’hésite pas à nous verser un petit « quelque chose » sur le CCP d’Eirene 23-5046-2 avec la mention « construction ENL », tous les fonds seront utilisés pour ce projet capital.
Merci encore et à tout bientôt pour des prochaines nouvelles ! Céline
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10 février
Le roman de la semaine est livré !
Pour commencer avec le sourire, voici un sms que mon ami Guscard m’a envoyé un soir de la semaine passée : « Ce soir, j’ai approximativement plus de 20 jours à explorer les multiples splendeurs du ciel et des rayonnements stellaires, j’aurais aimé que tu prennes part à cette admiration mais dommage tu ne peux pas. » En effet, pauvre Céline qui dort sous un toit, hihii ! Ce magnifique message plein d’ironie et de finesse montre bien l’acharnement de nos amis Haïtiens à toujours voir le bon côté des choses !
Sinon, comme prévu, cette première semaine de février a été pour nous celle de la réouverture de notre école primaire. Et quelle joie de voir, durant toutes ces matinées, les enfants chanter, rire, jouer à la corde, au « toukay » (jeu local se faisant avec une craie et des cailloux, je vous avoue que je n’ai pas encore tout compris !), s’asseoir sous l’amandier pour discuter avec maître James de « c’est quoi un tremblement de terre ? »... Une fois de plus, j’ai été émerveillée du magnifique travail des enseignants de notre école, qui ont su mettre une atmosphère de joie et de sérénité dans ce lieu. Une vingtaine d’enfants de Port-au-Prince nous ont déjà rejoints et ont été formidablement accueillis par l’équipe professionnelle et les enfants.
L’après-midi, le travail avec les étudiants (l’école normale) a repris son rythme ordinaire également, on avance.
Et parallèlement à cela, notre projet d’école alternative pour les jeunes du secondaire est en train de se concrétiser, nous avons commencé à les recevoir depuis lundi, et les choses se mettent gentiment en place... Mais quel défi... Je suis confrontée plus que jamais à la terrible question de « comment faire les choses correctement, en cohérence avec nos idées et valeurs, tout en étant dans l’urgence ». Sacré dilemme.
Sinon, je vous parlais des difficultés que nous avions rencontrées dans la région, des résistances face à notre enthousiasme à reprendre l’école, à nous réunir avec les enseignants... Car en effet, soit les gens sont jaloux d’un prestige que nous pourrions avoir (ce qui nous passe à 1000 lieues au-dessus de nous), soit ceux qui sont mal intentionnés (et malheureusement, je réalise petit à petit que cela existe...) ont tout intérêt à garder la population non-éduquée et ignorante pour mieux la manipuler... Dit comme ça, cela semble bête, mais cela est bel et bien une réalité, j’en fais le constat malgré moi. Eh ben, tout ça pour vous dire que finalement, nous avons été récompensés symboliquement : l’inspecteur officiel de la région nous a montré sa reconnaissance en nous
invitant à une énorme réunion de tous les directeurs d’école de la commune (environ 200 personnes). Il nous y a publiquement remercié d’avoir pris les devants de l’Etat et nous a demandé d’y intervenir concernant nos conseils psychologiques et pédagogiques.
Malgré cet avancement, les phénomènes psychosomatiques se font de plus en plus sentir autour de nous... Une de nos étudiantes a « perdu » tous ses cheveux sur l’arrière de sa tête : alors que ses cheveux arrivaient avant jusqu’à la nuque, ils ne mesurent actuellement plus que quelques millimètres, c’est assez touchant. Et ce n’est qu’un exemple parmi ceux que j’entends chaque jour...
Ce week end, j’ai décidé de descendre à Port-au-Prince pour passer du temps avec mes amis de là-bas (et peut-être aussi pour arrêter de bouffer mon énergie à essayer d’imaginer « comment c’est » pour eux...). Comment vous résumer ce week end fait de tant d’émotions, allant des plus belles et intenses aux pires, de tristesse, de découragement, d’incompréhension... ?
En effet, belles émotions de voir la manière dont les gens (et j’insiste : LES HAITIENS) se sont organisés pour s’entraider en dépit de tout, de voir comme chaque personne qui avait une cour disponible l’a transformée en petit centre d’hébergement avec les moyens du bord, de sentir de si belles ambiances de fraternité créées dans ces lieux... Emotions incroyables de jouer aux cartes avec les enfants, de discuter avec tout un chacun, de partager des idées, des rires, de l’humanité, de la tendresse... Au sein de cette misère, des moments de bonheur si simple, si intense, si vrai...
Mais émotions d’une autre nature en voyant qu’au bout d’un mois, rien n’a bougé pour des milliers de personnes : la nuit venue, ils déplient un drap qu’ils étendent au bord de la route et sur lequel ils se couchent avec leurs enfants, leurs bébés... D’autres se sont réunis sur des places et ont créé des petits « abris » constitués d’un drap accroché à quatre bouts de bois tenant en équilibre. AU BOUT D’UN MOIS... Et ils attendent... ils attendent « les dons », ils attendent qu’on leur donne la possibilité de faire quelque chose...
Emotions de voir cette ville transformée en « ville-cimetière », faite de ruines et de tas de roches... où la vie doit toutefois reprendre, et où elle a bel et bien repris pour ceux qui le peuvent, avec les moyens du bord (vendeurs de rue, marchands, chauffeurs de taxi et taptap...).
Dimanche soir, alors que je m’étais gentiment endormie à la belle étoile dans la cour de mon ami Djimy, qu’est-ce qui me réveille à 23h ? LA PLUIE... La première depuis le 12 janvier... Pour ma part, j’ai pu m’abriter sous une bâche, mais comment ne pas pleurer de désespoir quand on pense à tous les autres... En 5 minutes, leur drap a le temps d’être trempé, ainsi que le vêtement qu’ils portent (pour certains, le seul et unique, je vous jure, je l’ai vu de mes yeux)... et à 3h du matin, il fait froid, vraiment. Enfin, Horrible.
A partir de ce genre d’expériences, à partir de tout ce que j’ai pu voir et entendre, je me suis mise à réfléchir encore plus qu’avant (était-ce possible ????), et là, il devient difficile de ne pas juger...
... Ne pas juger les aides internationales qui amènent du riz américain en masse, alors qu’en Haïti, IL Y A DU RIZ. Pourquoi ne pas faire fonctionner le marché local, pour faire vivre les cultivateurs des provinces qui ont accueilli de nombreux réfugiés avec si peu de moyens ?
... Ne pas juger les soldats américains qui se tiennent en groupe, immobiles, près des centres de distribution avec leur mitraillette au bras et aucun sourire... Sommes-nous en guerre civile ? Les Haïtiens sont-ils des chiens ? Les gens sont mal, les gens ont PEUR, ils sont terrorisés et traumatisés, les gens ont faim... et on se met devant eux avec des mitraillettes.
... Ne pas juger les ONG qui ont apparemment des milliers de tentes à disposition, mais qu’on NE VOIT PAS sur le terrain. Qui les utilisent, où sont-elles ? Comment va-t-on gérer les prochaines pluies ?
... Ne pas juger l’aide internationale en général quand on traverse des quartiers entiers qui dépérissent, sans abris, sans nourriture, où les besoins sont faits sur place... et qui attendent toujours une assistance, aussi petite soit-elle.
... Ne pas juger, car j’ai envie de croire que chacun fait son possible, et que moi-même, avec mes belles théories que j’ai développées au fil des jours sur l’aide, je ne fais pas mieux ☺ ... tout en faisant au mieux aussi.
Sinon, à un niveau plus personnel, pour ceux qui suivent mes aventures... On m’a volé mon vélo.................. Eeeeeeeeeeh oui ! Chez moi, pendant la nuit, dans ma cour dont la barrière était fermée !!! Vous imaginez mon désarroi... Ma bicyclette qui était bien plus qu’un moyen de transport dans ma réalité... Mais bon, je vais trouver une alternative (je commence à devenir championne pour inventer des alternatives diverses pour tout ce qui m’arrive !)... Pour l’instant, j’emprunte ceux de mes amis, puis j’achèterai ☺
Allez mes amis, je vous laisse sur un magnifique poème de mon ami Guscard et vous dis à bientôt !
Céline
A tous mes amis qui sont partis
Puisque nous ne vivons plus ensemble, Puisque la vie en a décidé autrement, Puisque tout a changé, Puisqu’aujourd’hui, vous me manquez plus que tout, Puisque tout est fichu, et la vie continue malgré tout, Puisque nous avons tout perdu,
Puisque ce qui nous reste demeure dans nos cœurs et dans nos pensées,
Puisque sans vous, nous sommes incomplets, indécis, déprimés, corps et âme pour le reste de notre vie,
Puisque nous sommes voués au malheur, au traumatisme, à la tristesse, au désespoir, à un cauchemar existentiel et continu,
Nous partageons nos pleurs et nos regrets qui restent intarissables à votre égard ! Que Dieu ait pitié de vos âmes ! Guscard, 20 janvier 2010
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1er février
« Nous pensions que 2010 nous apporterait enfin de bonnes choses... Eh ben le commencement n’est pas bon, non... »
« Kounye a n’ap viv, men nou pa konnen koman n’ap viv » (A présent nous vivons, mais nous ne savons pas comment nous faisons pour vivre.)
Ces deux phrases ont été prononcées par des enseignants de Liancourt lors d’une de nos 4 matinées de formation pour les préparer à reprendre leurs classes, et qui démarraient par un moment « espace de parole ». Eh oui, nous avons réussi à le faire, et plus de 150 enseignants y ont assisté au total !!!
Lundi matin, nous nous sommes réunis pour une deuxième fois avec une quarantaine de directeurs et enseignants, et presque tous avaient pu prévenir leurs parents d’élèves d’une réunion de parents. Les moyens pour les contacter étaient variés : porte à porte, églises, lieux de pratique vaudou... Nous avons alors planifié une répartition des écoles sur 4 matinées de formation de mercredi à samedi. Au programme : conseils et principes sur le rôle de l’école et de l’enseignant pour l’accueil d’enfants après un traumatisme, moment théorique sur la géologie et les tremblements de terre, et surtout plein de jeux, activités, chansons, travail de groupe... Moments magiques de partage, de yeux brillants d’enseignants, de rires, de remotivation, d’énergie unificatrice... Le tout en plein air, sous l’ombre d’un amandier géant !
Durant ces jours (ainsi que les après-midi où je travaillais avec les étudiants de l’Ecole Normale), j’ai réalisé à quel point la population était marquée par le simple fait d’avoir senti la terre trembler également chez nous (même sans dégâts physiques directs) et à quel point tant de personnes n’avaient pas compris ce qu’est un séisme, ce qui ouvre la porte à toutes sortes de mystifications, croyances et angoisses : cela signifie le retour de Jésus-Christ, ou alors c’est Dieu qui a décidé de secouer le peuple haïtien pour le punir et le « réveiller » de sa bêtise, ou encore c’est de notre faute car on a pratiqué la déforestation, donc il faut vite replanter des arbres...
D’autre part, j’ai été confrontée à un groupe d’étudiants qui refusait de rentrer dans la classe dans laquelle ils étaient lors du tremblement de terre, alors qu’aucun bâtiment n’a souffert chez nous. Ils m’ont ensuite avoué que plusieurs d’entre eux dormaient même encore sur leur cour, de peur que leur maison s’effondre, plus de 2 semaines plus tard et alors que nous n’avons pas subi de répliques.
Nous espérons donc que nos quelques apports auront une petite influence sur leur processus de « résilience »...
Sinon, une personne a rejoint notre super trio (Lorson et Esdras, les directeurs de mon école, et moi) : Louna, la femme d’Esdras, qui vivait à Port-au-Prince. Cette femme est extraordinaire ! Elle déborde d’idées, sait rebondir sur tout ce qui arrive pour en créer un contenu d’enseignement, et quand elle anime une activité, tout le monde boit ses paroles ! C’est elle qui sera la responsable de la petite « école alternative » que nous sommes en train de créer avec toute une équipe pour les élèves du secondaire qui sont rentrés de Port-au-Prince. Eh oui, encore un projet... Car effectivement, si les enfants de l’école primaire pourront s’intégrer dans les nombreuses écoles de la zone (et que nous pouvons soutenir), il y a vraiment un gros, gros problème au niveau des écoles secondaires par ici... Pour exemple, moins de 3% des jeunes se présentant au bac le passent... Et lorsque je vous parle de classes surchargées en primaire, il n’y a plus de mot pour exprimer le trop-plein du secondaire. Nous avons donc profité du retour de plusieurs professeurs diplômés et compétents de Port-au-Prince qui n’ont plus de travail pour créer cette petite structure, d’abord d’urgence pour les jeunes réfugiés, puis on verra...
Malgré ces beaux moments de vie et de travail, cette semaine a aussi été faite de moments difficiles et de découragement, de part les quelques ennuis sociologiques de la zone : certaines personnes se sont amusées à dire partout que nous désirions prendre le rôle de l’Etat (qui n’avait rien prononcé jusqu’à aujourd’hui), qu’il était « criminel » d’ouvrir les écoles « après ce qui s’était passé », allant jusqu’à parler à la radio, sans aucun argument... et dans une région où tant de gens ne sont pas allés à l’école (ou pour ceux qui y sont allés un peu, quelle école ?), où l’on n’a pas forcément appris à prendre du recul par rapport à ce qu’on nous dit, vous imaginez les retombées... Donc on en était arrivés à une situation où toutes les activités avaient redémarré chez nous, même les night-clubs, mais les écoles... Mon dieu, NON !!!
Finalement, nos efforts ont été récompensés à merveille : samedi matin, l’inspecteur de la région est passé lors de notre formation pour annoncer à tous que le ministère s’est prononcé : il faut ouvrir les écoles dès ce lundi dans tous les endroits du pays qui le permettent ! Au vu de tous les enseignants des autres zones qui n’ont pas été préparés, il nous a demandé d’éventuellement intervenir dans d’autres villes de la région, donc à voir ! Un recensement officiel va également être réalisé pour connaître la quantité d’élèves déplacés et pour savoir s’ils pensent être là à court ou long terme.
Donc en gros, je viens de vivre une semaine faite de défis, de belles satisfactions, de magnifiques rencontres, mais encore et toujours de tristesse à l’écoute des nouvelles de la capitale (comment se fait-il que 20 jours après le séisme, certaines victimes soient toujours dans la rue avec un seul et unique même drap ???? Malgré les hélicoptères qui survolent constamment la ville et qui VOIENT cela...), de frustrations (je commence à voir en grandeur nature le commerce de l’aide internationale... que sera-t-il vraiment fait pour ces milliers de frères et de sœurs qui ont faim, qui n’ont plus de toit et qui ne font que prier pour qu’il ne pleuve pas, qui ont leur vie brisée ?), de cauchemars... Et d’admiration envers ces êtres extraordinaires qui savent rester si positifs alors qu’ils sont dans un mode « survie » depuis 3 semaines. Aujourd’hui encore, je suis allée rendre visite à 2 frères victimes du séisme que j’avais rencontrés à l’hôpital (je vous parlais d’eux lors du récit de ma journée à l’hôpital) qui sont actuellement dans un « centre d’hébergement » créé pour les blessés qui ne peuvent pas rentrer à Port-au-Prince ; lors de cette visite, j’ai parlé avec Ricot, Asmick, Magaly, Pegui, qui ont des blessures purulentes qui font mal, qu’aucun docteur n’a le temps de surveiller, qui ont atterri dans cette campagne où ils ne connaissent personne, qui n’ont PAS UN FRANC pour rentrer retrouver leur maison transformée en tas de pierres, qui sont donc là en attente de « quelque chose »... et qui te disent avec un sourire si doux « oui oui, ça va pas trop mal... On est encore en vie, donc on continue, on se maintient... » et qui arrivent à s’émerveiller parce que je leur parle en créole et que je leur fais une petite blague... Quelle émotion, quelle leçon de vie...
Des exemples comme ceux-ci, j’en aurais des milliers à vous donner, comme mon ami Lova qui n’a plus rien non plus et qui veut rentrer à Port-au-Prince pour réunir plein de jeunes et faire une manifestation de joie, d’hymne à la vie qu’ils diraient dans le maximum de langues pour passer un message de courage au monde entier. Voici ce que Lova me dit à l’instant et qu’il me demande de vous écrire: « Malgré tout, nous les Haïtiens, l’Haïtienneté restera toujours notre fierté. En toute vivacité, ça ne représentera jamais une vanité. »
Donc voilà... Il paraît que Haïti ne fait plus la une des journaux de par chez vous... De mon côté, vous pouvez voir que j’ai toujours de nombreuses choses à partager avec vous, d’autant plus que les gens de ce pays méritent qu’on pense à eux encore et encore.
Sinon, merci encore pour votre généreux soutien financier sur notre compte. Nous avons commencé à discuter avec Lorson, Esdras et Louna de la manière dont nous pensions utiliser ce fonds pour les personnes vraiment les plus démunies (qui n’ont aucun moyen d’avoir un autre soutien de l’étranger), mais il y a tellement à faire, c’est parfois décourageant ; c’est comme si rien ne suffisait à la gravité de la situation... Et nous sommes confrontés à de nombreux dilemmes : faut-il aider à Port-au-Prince ou en province ? Des particuliers ou des structures collectives ? Sous quelle forme ? Et tant d’autres questions... Nous sommes donc en train de réfléchir et de nous organiser pour faire les choses vraiment correctement, en projet AVEC les personnes concernées. Et je sais que les réponses nous viendront !
Pour terminer, une petite acrostiche de mon ami Lova (pour rappel, un jeune de Port-au-Prince qui vit parmi nous depuis le 15 janvier) :
Loin de ma ville natale Irrésistible zone, me donnant le goût de vivre, encore... A mon avis, ça vaut la peine Ne rien dire, c’est de l’hypocrisie
Couramment, ça se voit ! On est fier de ce quartier haïtien ! Utilisable aussi pour ceux de Port-au-Prince Raisonnablement, les autres et moi nous sommes un exemple Tant mieux, puisqu’on est déjà là !
Mes amis, prenez soin de vous et des gens qui vous entourent, et à la semaine prochaine ☺ Céline
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25 janvier 2010
Bonjou tout moun!
Une fois de plus, il est tellement difficile de commencer à écrire ces nouvelles... Que dire? Tout est comme si la vie avait recommencé pour de vrai, avec un village plein à craquer (mince, moi qui était enfin connue, il y a de nouveau des gens qui m’appellent « blanc » !), mais il y a une émotion lourde, une déprime sous-jacente qui est là.
Car après toutes ces premières émotions où il était finalement facile de s’unir pour parler, partager, pleurer, à présent, chacun se retrouve un peu seul avec ses angoisses, ses prises de conscience de perspectives brisées, et ça, on ose nettement moins en parler.
De même, après avoir imaginé plein de beaux bouleversements que cette catastrophe pouvait finalement apporter à Haïti (décentralisation, développement des provinces, reconstruire mieux qu’avant), on est confrontés aux obstacles concrets et chacun est ramené à sa propre impuissance, à son découragement face à l’histoire si difficile d’Haïti et à ses désillusions (j’essaie à tout prix de me battre contre tout cela dans chacune de mes discussions, mais pas facile...). Et les Haïtiens ont si peu confiance en eux, en tant que peuple, il y a une telle méfiance et dévalorisation collective... Hier, un ami m’a dit « Finalement, que les Blancs viennent avec leur argent, qu’ils en fassent ce qu’ils veulent, mais qu’ils fassent quelque chose. Les Haïtiens ont toujours besoin que quelqu’un soit à côté d’eux pour leur dire quoi faire, nous sommes nuls.» J’essaie donc de les valoriser quant aux miracles qu’ils ont pu faire tous ces jours alors que « les secours » n’arrivaient pas, qu’ils sont intelligents, qu’ils sont capables de s’unir, et de tant d’autres choses...
Malgré cela, de belles choses se passent quand même : comme je vous l’avais dit, nous avons eu mercredi notre fameuse réunion avec les directeurs d’école de la région. Cette réunion a été superbe, de magnifiques éléments en sont ressortis, il y a vraiment une volonté de s'unir au-delà de la catastrophe, et la grande majorité des directeurs était là (même des enseignants)! Et ça, au vu des problèmes sociologiques de la zone, c’était vraiment beaucoup ! Ils étaient reconnaissants qu'on ait lancé cette initiative, car ils étaient conscients que tout le monde attendait sur les autres... et sur l'Etat... hum. Mais même l'inspecteur de la région a répondu à notre appel, il était là et c'était
une excellente chose, cela donne et va donner (je l'espère) une cohérence entre notre travail et le "ministère de l'éducation", qui a toujours fait sentir son absence...
Au niveau des conclusions, les choses vont se faire plus lentement que dans mes beaux rêves, mais j'apprends à faire avec la réalité contextuelle, psychologique, sociale...
Donc en gros, nous avons décidé de nous organiser pour que chaque école puisse faire une réunion de parents durant cette semaine (les directeurs comptaient sur ce dimanche à l’église pour « la motivation »). Cette semaine servira également à préparer tous les enseignants de la région à accueillir correctement les enfants. Avec le soutien de Lorson et Esdras, j’ai donc préparé des petits séminaires de "formation" avec des éléments psychologiques et pédagogiques (idées d’activités, attitudes à avoir) et des éléments plus théoriques sur les tremblements de terre, comment en faire un contenu d'apprentissage, comment redonner espoir en donnant des exemples historiques de pays qui ont pu se reconstruire après ce type de catastrophe, car finalement, nombreux sont ceux qui n’ont pas compris ce qui s’est réellement passé.
A partir de là, on tente de reprendre toutes les écoles en même temps le lundi suivant, le 1er février (malgré les obstacles que l’Etat commence déjà à nous poser).
On va également voir pour organiser un recensement des très nombreux élèves arrivés de Port- au-Prince, pour voir quelles conséquences concrètes cela représente pour les écoles déjà surchargées, quels besoins réels nous ressentons à partir de cela... Car bien entendu, de nombreuses difficultés sont à venir : particulièrement, que va-t-on faire avec les parents qui n’ont plus aucune ressource et qui ne peuvent pas payer le minimum? Et tant d’autres problèmes... A ce titre, notre projet de construction retrouve d’autant plus toute son urgence, car les idées jaillissent dans nos esprits en continu, mais pour cela il nous faut l’espace...
Avec nos étudiants de l’Ecole Normale, on a recommencé tranquillement, surtout avec des ateliers d’écriture qui ont donné de très beaux textes. Nous sommes en train de les « retoucher » et de les taper, et je vous les enverrai ensuite. Les étudiants ont très envie que leurs écrits puissent être partagés.
De mon côté, je sens aussi la « fatigue », et je fais mon possible pour m’écouter et me faire du bien lorsque l’angoisse monte. Et vous allez rire, mais la seule chose qui me fait du bien, pour l’instant, c’est prendre mon vélo et tourner au village !!! En effet, il m’arrive à chaque fois une aventure extraordinaire grâce à mes rencontres ! Je me suis retrouvée par hasard à apprendre à faire du beurre de cacahuète (le mamba), les tresses collées en zigzag, à enregistrer des spots pour une radio locale... et tant de discussions et rires avec des groupes de gens que je connaissais encore mal, quel bonheur !
Ces temps, j’ai intensifié mes contacts téléphoniques avec mes amis proches de Port-au-Prince (ceux qui n’ont pas pu aller en Province et qui ne peuvent pas venir me rejoindre car ils ont toute une famille que je n’ai pas la place d’accueillir également). Pour eux encore plus, c’est maintenant que cela devient encore plus dur, car le temps avance, la faim se fait encore plus sentir, et ils ne voient rien bouger dans leur vie. Je tente donc de leur donner des idées de jeux ou d’animations qu’ils peuvent lancer dans leur quartier afin de leur donner un projet pour faire face à leur ennui, je leur envoie des pensées positives par sms plusieurs fois par jour, et essaie de leur donner plein plein d’amour, qu’ils peuvent ensuite redonner autour d’eux. Mais c’est dur, et presque à chaque fois que je raccroche, mes yeux débordent.
Sinon, la radio fait un excellent travail ici : on donne de précieux conseils adaptés à la situation et aux différents types d’auditeurs, les ondes sont ouvertes à toutes sortes d’initiatives personnelles positives pour la communauté, les rescapés sans ondes téléphoniques ont pu passer pour dire à leur famille qu’ils étaient vivants...
Je termine avec ma petite pensée rituelle, discutée ce matin avec Lova, un jeune que nous avons accueilli de Port-au-Prince et qui vit en ce moment avec nous: chacun d’entre nous contribue à sauver le monde sans le savoir, simplement en vivant avec son coeur, en caressant la tête d’un enfant, en souriant aux personnes dans la rue, en faisant 1000 petits gestes d’amour.
Contrairement aux richesses matérielles (comme les belles maisons), cela ne coûte rien, ne s’écroule pas et n’est jamais perdu. Tout amour partagé est là, à jamais, dans nos entrailles et dans notre coeur, avec effet boomerang et réciproque.
Amitiés, Céline
P.S. Petites précisions concernant l’article que je vous ai recommandé : dans mon stress actuel, je me suis peut-être un peu emportée, et il est vrai qu’il y a « à prendre et à laisser »... J’ai aimé l’analyse faite concernant le rapport de domination avec les Etats-Unis, mais je ne me prononce pas pour un retour d’Aristide au pays. Je souhaite simplement que les Haïtiens puissent reconstruire leur pays librement et démocratiquement, et que leurs choix soient leurs choix, quels qu’ils soient.
P.S.2 Au vu de la grosse semaine que je vais avoir, il est très probable que je ne vous écrive plus avant plusieurs jours. Donc pas d’inquiétude !
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20 janvier 2010
Aaaaargh... Mon mail est prêt depuis mardi matin déjà, mais la connexion a décidé de nous compliquer la vie... Donc voilà ce que j'ai écrit entre lundi soir et mardi matin, depuis là les choses ont déjà bougé, je tente de vous récrire bientôt!
Sinon, mini-précision: la réplique nous a tous réveillé brusquement ce matin, mais pas de dégâts chez nous, et apparemment peu de morts supplémentaires à PauP, car tout le monde est de toute manière dans la rue. Mais beaucoup de maisons effondrées supplémentaires...
Bonswa zanmi’m !
Après avoir vécu ces journées éprouvantes où j’avais viré dans l’obsession d’être utile aux autres à chaque minute de ma vie (je devais limite me trouver une utilité à prendre ma douche, ça devenait pathétique), j’ai petit à petit accepté de ne pas être si bien que ça et que je devais me ménager pour cesser mes petites crises d’angoisses et de larmes et tenir le coup.
J’ai donc fait un peu « plus tranquille » ce dimanche, ce qui n’était pas plus mal, car là, on a de sacrés nouveaux obstacles à affronter... Hier matin (lundi), on a, comme prévu, essayé de redémarrer l’école, pour avancer, pour ne pas tomber dans le « chaos moral » et là, ça devient sacrément compliqué sociologiquement parlant... Le « Gouvernement » aurait décrété un état de deuil pendant un mois (ce qui est tout-à-fait normal), mais du coup plus rien ne se fait, les gens « attendent », sans savoir exactement ce que cet état de « deuil » signifie concrètement. Certains enfants se dirigeaient à l’école hier matin, mais les gens dans la rue leur disaient de rentrer chez eux. Bien sûr, on était la seule école à « ouvrir »... Résultat : on a eu 17 enfants sur 150. On s’est occupés d’eux toute la matinée quand même, ils étaient ravis et ne voulaient pas rentrer chez eux.
(J’avoue que les enseignants n’étaient pas spécialement prêts pour travailler et qu’ils se sont bien reposés sur moi et mes p’tites animations, on a bien rigolé !...)
L’après-midi, on a accueilli nos étudiants de l’Ecole Normale (12 sur 70...), on a fait un espace de parole (les Haïtiens ne disent jamais qu’ils ne vont pas bien, donc on a tenté de leur permettre de le dire...) et, de fil en aiguille, nous sommes partis dans un super projet de remobilisation des acteurs du domaine de l’éducation dans notre zone. On a écrit un petit mot à destination de tous les directeurs d’école pour les réunir mercredi matin, afin de réfléchir à comment faire les choses (quand et comment ouvrir les écoles, comment préparer les enseignants à accueillir les enfants d’ici et ceux qui sont rentrés de Port-au-Prince, certainement traumatisés), et on s’est organisés pour leur apporter notre invitation en fin d’après-midi.
On est toujours dans cette ambiance surréaliste de passer par des émotions de tous types : on passe de l’émulation totale (quand nos idées germent en commun, c’est absolument fabuleux !) à l’angoisse de voir que c’est encore tellement frais, que tant de choses se dégradent encore au quotidien et que certaines ressources manquent et vont manquer... C’est l’inconnue totale pour la suite à tous les niveaux. Et il y a ici comme un problème de culpabilité : les gens n’osent pas bouger car ils se disent qu’ils n’ont pas le droit de vivre « avec ce qui se passe à Port-au-Prince ».
Alors que Port-au-Prince compte sur nous pour relever le pays également... C’est le message qu’on va gentiment essayer de passer demain à la réunion, tout en entendant la douleur et l’abattement de chacun. C’est là que l’équilibre est extrêmement compliqué. Jusqu’à quel point faut-il attendre que chacun soit « prêt » pour redémarrer ? A partir de quel moment est-ce que le redémarrage nous aide également ?
Au-delà de cela, un énorme problème auquel nous sommes confrontés est l’augmentation du prix de tout, et particulièrement de l’essence, alors que tant de gens ont perdu leur travail qui leur procurait un mini-revenu, aussi faible soit-il. Il faut aussi faire vivre les gens venus de Port-au- Prince, sans ressources et sans activité génératrice de revenu. Or, à titre d’exemple, dans notre école normale, nous recevons des étudiants de toute la région, qui doivent prendre le « taptap pour venir, dont le prix a doublé. Actuellement, la majorité d’entre eux doit payer 1 franc l’aller- retour, ce qui est énorme, à un moment où « la création de richesse » s’est arrêtée, le prix de la nourriture a augmenté... On ne va pas pouvoir leur demander de payer cela 5 jours par semaine, ils n’auront juste pas cela. Donc même si toute l’énergie est là pour continuer les activités... que faire ???
Sinon, j’ai pu avoir aujourd’hui un contact téléphonique avec trois de mes amis de Port-au-Prince (c’est un record depuis mercredi passé !) et je vous jure qu’ils sont incroyables ! Je suis sidérée de voir que lorsque je passe la nuit à pleurer, ce sont eux qui me remontent le moral au réveil.
Jusqu’à aujourd’hui, ils vivent toujours TOUS dans la rue (personne n’entre dans aucune maison, car la terre continue à trembler et les maisons à s’effondrer), et vivent avec rien, si ce n’est leur solidarité, leurs partages (« j’ai une chemise et pas mon ami, donc je la mets aujourd’hui et il la met demain »), leurs espoirs de reconstruction... L’un d’entre eux tente de constituer « un comité » pour voir comment unir leurs ressources (quelles ressources ???? Mais c’est avec ce genre d’initiatives venant de la base que le pays va survivre moralement). Malgré les quelques pilleurs et prisonniers évadés qui tentent de semer la pagaille, les gens sont calmes, raisonnés, patients, malgré leur faim, leur soif, leur épuisement, l’odeur pestilentielle, les vers qui pullulent par endroits, leurs perspectives et rêves brisés... Ah, je vous dis... Quand je pense que plusieurs de mes amis de Port-au-Prince m’avaient fait des déclarations d’amour avant cet événement et que j’avais tout décliné, à chaque fois qu’ils me parlent au téléphone, je tombe amoureuse de chacun d’entre eux, hihii !
Il y en a quand même un qui a réussi à m’avouer être bouleversé et traumatisé, donc il va certainement venir me rejoindre en province un de ces jours pour se requinquer.
Ici aussi la solidarité est de mise malgré les faibles moyens: les gens préparent des grosses casseroles de « riz sauce pois » et se mettent au bord de la route pour les personnes qui vivent l’exode ; à l’hôpital, des femmes passent avec du thé et à manger pour les accidentés qui n’ont pas de famille ici... Même s’il y a toujours des individus qui arrivent encore à profiter de la situation (des amis m’ont raconté ce qui leur est arrivé avec certaines morgues privées, c’est à vomir).
Désolée de ne pas vous avoir écrit plus tôt, mais déjà que je ne contrôlais rien du temps haïtien à la base, là cela devient de la science fiction, les journées passent sans que je n’aie rien eu l’impression de faire... Tout en essayant de me dire que c’est au coeur de ce « rien » que l’essentiel réside !
Décidément, mes lettres s’allongent de jour en jour... Promis, je vous laisse tranquille à présent, j’arrête ! Je vous souhaite plein plein de bonheur chez vous, et merci encore et encore pour vos mails de soutien que je continue à transmettre autour de moi, même si je ne vous réponds pas personnellement.
Céline
P.S. : L’autre jour, j’ai lu ce message écrit en gros sur une échoppe du quartier : « La patience est amère mais son fruit est doux. » Le message avait été écrit avant le tremblement de terre, bien entendu.
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17 janvier 2010
Mes amis,
Ouah... Il m’est difficile de démarrer ce soir, car en un peu plus de 24h, il s’est passé tellement de choses dans le pays, dans ma région, dans ma vie, et surtout dans ma petite tête...
Cette nuit, je me suis demandé si j'avais eu raison de vous avoir envoyé hier ce mail si « positif », car j’ai pleuré de nombreuses heures sans pouvoir dormir une minute : en effet, après avoir passé la phase de grosses émotions d’incrédulité, de révolte, d’angoisse, de tristesse, d’incompréhension, d’injustice liées aux évènements de la semaine, d’autres types de pensées sont arrivées en moi et m’ont envahie hier soir lorsque je me suis retrouvée dans mon lit : j’ai réalisé petit à petit le véritable cauchemar à long terme dans lequel Haïti vient d’être plongé (auquel nous n'avions pas encore eu le temps de réfléchir, contrairement à vous, certainement) : non seulement ce sont des milliers d’individus qui n’ont plus de maison, plus de famille, plus de ressources, plus rien, mais c’est aussi un pays entier qui a tout perdu, car Haïti était l’image-même d’un état centralisé à l'extrême : Port-au-Prince était le centre névralgique de la nation, TOUT passait par là, au niveau économique, politique, administratif, culturel... TOUT. J’aimais tellement cette ville, elle représentait, malgré tous ses défauts et difficultés, l’espoir (ou la preuve déjà existante, pour certains aspects) du développement d’Haïti. C’était là qu’on pouvait tout trouver, c’était là qu’on pouvait tout faire, c’était la « fenêtre » d’Haïti, l’endroit où les gens avaient la possibilité de s’ouvrir au monde...
Imaginez-vous, Haïti est un pays qui n’a plus d’Université (ou presque). Car à une ou deux exceptions près, TOUTES les Universités se trouvaient à Port-au-Prince. Or, c’est quoi, un pays dont les gens ne peuvent plus étudier, apprendre à réfléchir, à soigner, à enseigner, ou acquérir des connaissances techniques poussées ? Ça me brise de penser à cela.
Haïti est un pays qui n’a plus de ministère, plus de gouvernement. Je commençais à connaître celui de l’éducation, et je réalise que cette catastrophe signifie plus aucun examen d’état, plus aucune reconnaissance d’aucune année d’école, plus de planification des apprentissages, plus de recommandations, plus de calendrier scolaire, dans un pays où il était déjà tellement difficile de demander aux directeurs d’école de faire leur travail, où j’étais témoin, depuis 4 mois, de tels dysfonctionnements, où la progression du nombre d’enfants scolarisés se faisait à tout petits pas... Là, il n’y a plus rien, c’est la porte ouverte à toute forme d’anarchie, c’est affreux. Et pendant combien de temps? En outre, je ne parle pas là de tous les autres ministères qui, malgré leurs manquements à leurs devoirs, structuraient un minimum le fonctionnement du pays... Car je vous promets, IL Y AVAIT des choses qui marchaient...
J’ai de la peine à mettre en mots ces constatations et réflexions liées à mon bain de 4 mois dans ce pays que j’aime si fort du plus profond de moi-même, qui me fait vibrer jour après jour... quoi qu'il en soit, cette nuit, je ne pouvais m’arrêter de pleurer en pensant à tout cela (et je vous épargne d’autres considérations !)
En plus, anecdote totalement accessoire, mais depuis quelque temps, ma petite maison est envahie par les souris qui passent leurs nuits à grignoter bruyamment tout ce qu’il y a dans mon seul meuble : de mes vêtements à mon dentifrice, en passant par mes boucles d’oreilles et les instruments de musique que j’ai amenés pour travailler avec les enfants... C’est bête, mais c’est
usant aussi de se réveiller à tout moment pendant toute la nuit sans pouvoir les chasser et de retrouver tous mes habits pleins de trous au petit matin J
Sinon, vous avez tous tellement raison, j’ai si bien fait de rester ici ! Et pour confirmer cela, la vie a mis sur mon chemin quelques coïncidences grâce auxquelles j’ai pu me créer une excellente alternative : dans un village voisin existe l’Hôpital Albert Schweitzer (HAS), qui était à l’époque le « meilleur » hôpital d’Haïti, et j’ai appris que de très nombreuses personnes de Port-au-Prince y étaient amenées ces jours pour désengorger les hôpitaux saturés de là-bas. Du coup, le HAS est également saturé et un ami qui habite dans ce village voisin m’a expliqué que l’on pouvait se rendre utile même sans connaissances médicales. Donc ce matin, me voilà à 7 heures dans la rue à acheter un énorme paquet de « sachets d’eau » et de biscuits salés et sucrés, et en route pour
HAS avec un taptap, dont le prix a sacrément augmenté aussi... Arrivée à l’hôpital, c’est un peu la désorganisation totale, mais quand même, presque chaque malade a pu recevoir un matelas.
Les couloirs en sont remplis, ainsi que chaque espace utilisable, en fait. Mon ami me présente aux médecins, qui me disent « oui oui, bien sûr, on a besoin de toi ! » mais qui me trimballent d’un côté à l’autre de l’hôpital où personne ne peut finalement me donner quelque chose à faire... Je leur ai donc dit que j’allais me débrouiller et les laisser tranquilles, et j’ai passé plusieurs heures à juste distribuer mes quelques vivres et discuter avec les personnes en attente, si calmes et courageuses, sur leurs matelas. Les contacts ont été variés : certains avaient besoin de me raconter simplement leur histoire, comment cela s’est passé ; avec d’autres, au contraire, nous avons parlé de totalement autre chose et avons ri... Une femme m’a demandé, bêtement, si j’avais un déodorant, donc j’ai pu lui donner le mien en lui suggérant de le partager avec les autres femmes du coin, ce qu’elle a fait. Sinon, j’ai entendu des histoires très touchantes :
... un jeune garçon de 15 ans ayant perdu toute sa famille, ayant des fractures à tous les membres et toutes ses dents brisées, qu’une amie de l’Artibonite a retrouvé et emmené ici;
... un autre jeune homme dont la maison s’est effondrée sur sa jambe, mais qui a eu la force (malgré ses fractures) d’aller chercher son petit frère dans son école et de le sortir en totalité de la roche. Une voiture les a pris les deux pour les emmener ici, ils ne savent pas quand et comment ils pourront rentrer retrouver (ou pas) leur famille qu’ils n’arrivent pas à joindre ainsi que le tas de roches qu’était leur maison.
... une femme qui est arrivée mercredi, qu’on a mis en attente pour une opération (comme tant d’autres...) avec un autocollant sur le front indiquant qu’elle ne peut pas manger car elle doit être à jeun... Aujourd’hui, elle n’a toujours pas été opérée... Et n’a toujours pas mangé.
La majorité de ces patients sont vus par un médecin plus ou moins un jour sur deux, ils attendent dans des états déplorables en sachant qu’ils n’ont plus rien et que leur guérison prendra tant de temps (si elle est effective) et sont tellement calmes et positifs, ils m’ont impressionnée. Et on a pu rire ! Le tout en créole, attention...
Sentant en début d’après-midi que mes réserves « d’énergie positive » commençaient à être épuisées, j’ai préféré rentrer. Une fois seule, j’en ai profité pour pleurer un peu, puis j’ai puisé au fond de moi tout ce que vos mails m’ont apporté, et c’était reparti pour ma tournée au village !
Je suis désolée de faire si long, mais je ne peux pas écrire moins... Prenez ce que vous voulez !
J’aurais encore tellement de commentaires à faire sur les réflexions incroyables que vous m’écrivez, qui sont si riches et qui méritent tant d’être partagées !
Mais je note tout et ce sera pour plus tard, si vous avez encore le courage de me lire... ça me touche beaucoup que vous fassiez tourner ces modestes textes, j’espère vraiment que tout le monde comprend qu’ils sont vraiment sans prétention...
Je vous envoie plein de bonnes choses, et continuez à donner tout ce que vous êtes dans votre vie, même si cela vous paraît dérisoire à côté des infos que TF1 vous montre. Chacun d'entre vous a sa place où il est et chaque chose que vous effectuez avec votre coeur a un sens.
Céline
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15 janvier 2010
Bonjour à tous,
Par où commencer? Une fois de plus, par vous dire à quel point je suis reconnaissante et touchée par tous les mails que vous nous envoyez. Même si je ne peux pas vous répondre individuellement
(hier, hotmail m'a fait le coup de m'interdire d'envoyer de nouveaux mails, car j'avais dépassé le quota maximal en 24 heures, aaaargh... Ces abrutis ne connaissent pas les situations d'urgence...), chacun de vos mots brille dans mon coeur et me donne une puissante énergie pour avancer. Vous avez tellement bien compris ce que je tentais de vous exprimer hier, c'était magnifique! Et grâce à chacun d'entre vous, j'ai pu réellement pu déculpabiliser d'être "juste" là, j'ai pu retrouver un sens "pour de vrai" à être à Liancourt, j'ai pu prendre la force d'oser être "bien", rire et faire rire mon entourage, aller au marché pour acheter de quoi leur cuisiner des petits plats... Donc MERCI MERCI MERCI!
Du coup, allez, je vais oser le dire: hier, après mon interview à Léman Bleu (difficile car elle arrivait au mauvais moment), j'ai passé un bon après-midi!!! Je suis sortie sans savoir où j'irais, et j'ai croisé un ami dans la rue qui m'a proposé d'aller à la recherche de quelqu'un qui avait un opérateur de téléphone marchant mieux que le mien, et là, au bout de 25 essais infructueux, j'ai eu mon amie Jessy qui m'a annoncé que presque tous nos amis du projet-théâtre (ceux qui étaient en Suisse en septembre) sont vivants!!!! Il nous manque encore juste 2-3 infos... (Pour précision au groupe EdM, j'ai eu ce matin la confirmation que Vladimir et Marcknet vont bien également!) Je me suis ensuite laissée guider par mon groupe d'amis et nous sommes arrivés dans la cour d'une famille rescapée qui venait de rentrer de Port-au-Prince. Et là, nous avons juste passé un beau moment ensemble, à se présenter, partager des idées, rire, nous faire des tikouris (tresses collées sur la tête, ce pour quoi je suis en pleine phase d'entrainement intensif:-)... La journée s'est poursuivie de la même manière, entre rencontres, moments simples de partage, marché (pour accueillir correctement la famille d'Esdras qui allait arriver de Port-au-Prince aussi)...
A un niveau plus général, un grand mouvement de "sortie de Port-au-Prince" est en train de se réaliser: comme les transports collectifs ne fonctionnent plus là-bas, tous les gens qui sont originaires de la province marchent des heures pour sortir de la ville et tenter de trouver un bus qui part dans le pays. Ceci nous semble une bonne chose, car leurs familles en province peuvent les recueillir et prendre soin d'eux et, en même temps, cela désengorge PauP qui a besoin d'espace (au sens propre et figuré). Mais à présent, nous sommes confrontés à un nouveau problème: l'essence devient difficile à trouver (même si, apparemment, les réserves sont là...), donc les prix ont gonflé terriblement, le prix des bus qui vont en province a doublé... A présent, pour rentrer à
Liancourt, un trajet coûte 5 francs, ce qui est énoooorme au vu de la situation et de ce qui reste aux gens.
Concernant l'ambiance ici, j'ai l'impression que petit à petit, on se permet de parler par moments d'autre chose que le tremblement de terre, on se permet de rire... Même si celui-ci semble souvent "nerveux": les gens qui sont rentrés de Port-au-Prince peuvent vous dire en riant qu'ils enjambaient les morts et autre, ainsi que de nombreuses "blagues" qui peuvent paraître extrêmement malvenues mais qui, je pense, ressortent actuellement de la survie psychique. C'est une étape...
Les communications téléphoniques demeurent très très très aléatoires: nous sommes tous pendus à notre téléphone constamment, mais il n'y a qu'un appel sur 150 qui marche, sans comprendre pourquoi ni comment. Ce matin par exemple, je continuais à taper des numéros machinalement sur mon téléphone, quand soudain j'ai entendu une voix qui répondait: je ne savais même plus qui j'étais en train d'appeler! Or, c'était Naama, ma "soeur" du projet théâtre également!!! Elle a pu me parler de la situation d'attente, de passivité et d'impuissance dans laquelle ils demeurent à PauP. Certaines personnes ont encore quelques réserves de nourriture qu'ils peuvent partager avec leur voisinage, mais il n'y a plus rien à acheter, cela devient très difficile et jusqu'à présent, elle n'a
encore rien vu au niveau des secours ou autre. Elle m'a confirmé que la seule chose qu'on pouvait faire en venant, c'était apporter à manger, à boire ou des médicaments, mais après?
Sinon, j'ai pu accueillir avec le plus de tendresse possible la famille d'Esdras qui est rentrée hier en début de soirée. Ses filles (13 et 15 ans) étaient vraiment en situation de "stress", elles n'ont d'abord pas osé entrer dans notre maison, n'ont pas osé se laver à cause du froid et de la peur d'être malades, et n'ont pas réussi à dormir malgré leur épuisement car elles ressentaient encore les secousses constamment. (pour info, la terre continue à trembler régulièrement à PauP par mini-secousses, ce qui fait que même les gens qui ont une maison qui a tenu n'osent pas y rester).
Mais les Haîtiens semblent avoir une énorme force en eux et ce matin, elles se comportent "presque" comme si rien ne s'était passé et l'aînée fait même ses devoirs... (ouah... alors que les écoles risquent bien de ne pas rouvrir avant des mois... ce dont on a parlé longuement avec Esdras hier soir, cela nous pose beaucoup d'inquiétudes pour la suite, avec des répercussions évidentes sur l'éducation de tout le pays; je reprendrai ce sujet en temps voulu...)
On m'a demandé ce qu'il en était des autres endroits du pays: pour ce que je sais, de très nombreuses villes ont été touchées, en particulier Jacmel, Petit-Goâve, Léogâne, Gressier... Et tout ce qui mène à ces villes. Sur la route qui mène chez moi, nous sommes quasiment le premier village à ne pas avoir été touché par des dégâts.
Concernant les demandes particulières d'appels (surtout pour Carlo et Béatrice), je vous promets que j'essaie les numéros des dizaines de fois par jour, mais je n'ai encore rien eu... Ils ne peuvent pas non plus communiquer par email avec vous, car il n'y a plus de courant à PauP. Donc les seuls qui pourraient écrire sont ceux qui ont une génératrice, un ordinateur, un abonnement Internet, et tout cela ayant tenu au tremblement... Autant dire qu'il y en a peu. Béatrice, as-tu pu avoir des nouvelles ou est-ce que je continue à tous les essayer?
Donc voilà... Je pense aussi très très fort aux Haïtiens (de naissance ou de coeur) qui vivent en Suisse et qui n'ont pas encore de nouvelles de leur famille, votre situation est certainement pire que la majorité d'entre nous, donc "kembe fèm". Une pensée particulière pleine d'amour pour mon ami Jeff.
Je crois que je vous ai exprimé globalement mes impressions et ressentis de ces 24 dernières heures; comme vous le voyez, nous sommes plusieurs à être sur "la bonne pente", nous rassemblons nos énergies pour affronter le mieux possible les prochaines difficultés: dès aujourd'hui, c'est "Haïti" en entier qui va devoir aider et accompagner Port-au-Prince (alors que c'est cette ville qui avait tendance à porter, jusqu'à présent, ce beau petit pays). Et pour cela nous devons être ensemble, unis, en pleine forme physique et mentale, décidés à croire en la vie, en nous-mêmes, en chaque personne qui nous entoure.
Merci encore pour tout, tout, tout. Je continue à croire au pouvoir de la pensée (prouvé physiquement!) et chacun d'entre vous aide le monde et Haïti à sa manière, j'en suis sûre.
Je vous embrasse. Céline
P.S. Désolée de vous écrire si tard aujourd'hui... Mais j'avais à faire ce matin pour cuisiner des bons spaguettis à la famille d'Esdras:-) Et la cuisine en Haïti prend du temps! De plus, je me suis permise de faire ma lessive, je devais laver des draps pour la prochaine arrivée de Lorson et sa femme... Et la lessive en Haïti prend du temps!
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Le 14 janvier 2010
Bonjou zanmi mwen yo,
Suite à vos nombreux mails de soutien (pour lesquels je vous remercie infiniment et que je continue à transmettre à tout le monde ici), voici quelques nouvelles de notre soirée et début de journée:
Comme je vous disais, de nombreuses personnes ici à Liancourt partent à tout moment à Port-au- Prince pour rechercher les membres de leur famille. Les nouvelles tombent donc petit à petit, mais les gens de retour de PauP n'ont pas de mot pour exprimer les atrocités qu'ils ont vues. Ils disent que c'est la catastrophe, le chaos... Mais on apprend peu de choses, à part les noms des morts, des blessés, avec parfois quelques détails concernant leur histoire à eux, sur comment l'évènement s'est passé pour eux.
Par contre, autant à Port-au-Prince qu'ici, nous sommes confrontés à un énorme problème de rumeurs: A minuit, Louna (la femme de mon ami et directeur Esdras, avec qui je vis à Liancourt) nous a appelés de Port-au-Prince car elle vivait un moment de panique générale: les gens criaient que l'eau arrivait (le tsunami...), donc tout le monde se précipitait sur les hauteurs de la ville. Or, qu'en était-il en réalité? Certaines personnes (que je ne sais comment qualifier) avaient lancé cette rumeur pour piller ce que les gens affolés laissaient dans les rues en partant se réfugier... Cela s'est produit à différents endroits de la ville, c'est révoltant.
Ici à Liancourt, même si tout est plus calme et paraîtrait presque "normal" (le village est intact, physiquement parlant), cela part aussi un peu dans tous les sens: hier soir tout le monde attendait Lovens, un jeune de 20 ans très très apprécié dans la zone, très impliqué dans de nombreuses activités, et qui était à Port-au-Prince lors de la catastrophe et que son oncle était parti chercher.
On ne sait pas comment, mais les gens commençaient à avoir des infos: il se baignait quand c'est arrivé, il n'a pas eu le temps de sortir... Il est à l'hôpital... En fait il est mort, on est en train de ramener son corps... A un moment donné, je voyais des gens se diriger, en larmes, à la morgue, alors que ses soeurs me disaient, 5 minutes plus tard, qu'elles attendaient encore des nouvelles pensant qu'il était à l'hôpital. Tout le monde "savait" donc qu'il était mort, mais personne ne se sentait bien placé pour le dire aux principales concernées. Et dans la soirée, on a appris que tout cela était faux, que l'on n'avait pas encore retrouvé son corps, encore enfoui dans les décombres de la maison qui s'était bel et bien effondrée sur lui. Ce matin, une équipe est partie avec des outils pour tenter de le retrouver. Cela au milieu de "carrefour-feuille" écroulé (pour ceux d'entre vous qui connaissent ce quartier très pauvre de PauP, aux constructions anarchiques)...
Cet exemple pour vous montrer que la déraison a tendance à prendre le dessus, dans un moment où, justement, on a besoin d'intelligence collective et d'énergie rassembleuse. Pas facile...
Sinon, rien de bien nouveau... Esdras est parti il y a quelques minutes pour chercher également sa famille (en bonne santé) et voir comment Lorson va. Pour info, Lorson est l'autre directeur de mon école, avec qui je vis également lorsqu'il est à Liancourt. La maison qu'il a à PauP s'est totalement écroulée (par bonheur sa femme a pu en sortir saine et sauve), et il y est allé hier. Dès lors, il est dans une situation très compliquée: sa femme et lui doivent rester continuellement devant l'amas de pierres qu'était leur maison, car ils craignent qu'en leur absence "les pilleurs" viennent dévaliser toutes leurs affaires (toute leur vie...) qui sont dans les décombres. Je ne sais combien de temps il va devoir rester là, "bêtement", à attendre quelque chose qui ne peut pas arriver: un nouveau mur de clôture pour protéger ce qui leur reste... Situation sans fin... Comme tout le monde finalement. Hier, Sadrac (un ami de LPH) m'a dit au téléphone que tout le monde est dans la rue jour et nuit, mais combien de temps les gens vont-ils rester comme ça "dans la rue"??? Quand on aura sorti tous les corps des décombres, quand et comment vont se refaire les constructions??? En plus, cela n'a rien à voir avec la neige qui tombe en Suisse, mais en ce moment, il fait sacrément froid la nuit... C'est l'hiver haitien quand même... Les gens sont en train de tomber malades.
Pour ma part, j'ai passé plusieurs heures difficiles de dilemme quant à ce que je peux faire pour être le plus "utile" (et je le vis toujours): étant si proche de Port-au-Prince et pleine d'énergie, je souhaite vraiment pouvoir y faire quelque chose, mais je suis totalement consciente qu'en arrivant comme ça, seule, avec mon joli sourire et mes notions de pédagogie, je ne vais rien pouvoir faire de bon. Je n'ai pas de connaissances ni techniques pour extraire des corps, ni médicales pour soigner les blessés... J'ai donc pris contact par mail avec l'Ambassade Suisse, qui m'ont dit que je pouvais leur servir, mais qu'ils ne savaient pas encore où et quand. A partir de là, mon téléphone
ne marchant pas et Esdras partant ce matin, je voulais quand même aller sur place avec lui pour, au moins, rechercher tous mes amis chez eux et répondre aux demandes de nouvelles de la
Suisse. Mais Esdras ne vit pas du tout dans le même quartier, les routes sont totalement bloquées, donc si je fais cela, Esdras rentrera à Liancourt sans moi et il me deviendra difficile de rentrer aujourd'hui même avec un transport collectif. Or, malgré mes fantasmes de devenir une femme qui fait des choses extraordinaire, je dois me rendre à l'évidence: il serait ridicule de me mettre volontairement dans la situation de dormir dans la rue avec toutes ces victimes dont je ne fais pas partie, à qui je ne pourrais rien apporter comme ça, juste parce que j'ai voulu avoir des nouvelles d'amis? Je n'aurais plus aucun moyen de communication, et je ne pourrais même plus savoir si l'ambassade m'a contactée pour un besoin d'aide.
Bon bon, je m'égare un peu, mais je ne sais pas si vous voyez ce qui se joue.. Je vous jure que c'est affreux de lire les mails des gens de la Suisse qui me disent qu'ils voudraient tant venir pour "sauver des vies", alors que moi, je suis là, tout près (si proche de l'horreur mais pas totalement dedans), et que je ne sauve aucune vie... Mais j'ai bien réfléchi et on ne peut pas sauver des vies, comme ça... C'est dans quelque temps que nous aurons vraiment du travail et que nous pourrons, j'espère, faire quelque chose de concret, notamment avec l'argent que vous êtes en train de nous verser si généreusement (merci, merci, merci!). N'y aurait-il pas, finalement, une sorte de "voyeurisme" à juste vouloir faire l'aller-retour avec Esdras aujourd'hui comme je voulais le faire? J'aurais rapporté des images terribles, mais qu'aurais-je APPORTE? Quel sens donner à cela? Du coup, j'ai fait le choix de rester ici, en sachant que chaque minute j'ai quand même envie de sauter de ma chaise pour y aller et voir, malgré tout, ce qui peut être fait, et d'arrêter d'être là à "juste vous écrire", avec mes larmes d'impuissance qui n'arrêtent pas de couler...
Mais bon, comme je l'ai dit à tous mes étudiants hier, maintenant c'est à la vie qu'il faut faire hommage, on doit avancer ensemble, je dois partager avec tous mes amis de Liancourt les bonnes énergies que vous m'envoyez (finalement, je suis la seule à ne pas avoir de mort dans ma famille directe), et après avoir donné mon interview dans une heure (si jamais, à 18h45 pour vous à
Radio Cité...), je vais sortir "sur ma petite bicyclette" pour aller discuter (et tenter de rire) avec mes amis du village:-)
Sinon, toujours aucune nouvelle de nos amis de SAJ ou de LPH que je n'ai toujours pas pu contacter. Je vous promets, je finirai quand même par aller à PauP pour chercher de leurs nouvelles.
Désolée de cette tartine, mais je vous autorise à l'avoir lue en diagonale, hihi! Finalement, ça me fait du bien d'écrire...
Plein de bises et merci encore pour votre soutien. Céline
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13 janvier
Bonjour mes amis, Tout d'abord, 1000 mercis pour vos messages de soutien, sachez que je les transmets au fur et à
mesure à mon entourage et qu'ils nous réchauffent le coeur. Malheureusement, je n'ai pas de nouvelles transcendantes à vous donner. C'est terrible ici, car
nous sommes si proches de Port au Prince, mais tous les moyens de communication étant coupés (cette fois plus aucun téléphone ne fonctionne), nous n'avons aucune nouvelle, si ce n'est par la radio (ou par internet, pour les quelques rares privilégiés dont je fais partie). Donc nous ne savons pas grand chose de plus que vous concernant les faits concrets, pour l'instant. (quoique ça arrive de minute en minute, voir mon P.S.)
Tout s'est arrêté ici, les gens attendent dans la rue, en pleurant et en angoissant pour leurs proches qu'ils ont tous là-bas. Il y a une ambiance surréaliste de cauchemar. Les gens, mal informés, partent aussi dans des mouvements de parano: une mère est arrivée affolée à l'école en pleine matinée pour reprendre son enfant car on annonçait soit-disant un nouveau tremblement à 11h... Nous avons alors constaté que nous étions la seule école de la zone à continuer nos activités tant bien que mal et, pour plusieurs raisons sociologiques locales (que je vous exposerai à l'occasion), nous avons dû décider de fermer l'école jusqu'à lundi.
Depuis ce matin, plusieurs personnes sont parties à P-au-P, et les choses commencent depuis quelques minutes à s'animer ici, car certains reviennent déjà, accompagnés ou pas... Un de mes
amis est déjà de retour, avec le cadavre de sa soeur. Horrible. En fait, à l'heure où je vous écris, certains téléphones se sont remis à fonctionner, donc vous
imaginez que les émotions partent dans tous les sens, entre ceux qui arrivent à joindre des personnes vivantes, ceux qui apprennent certains "portés disparus" dans leur famille, ceux qui n'arrivent toujours à joindre personne...
Sinon, beaucoup d'entre vous m'ont demandé où est-ce qu'ils pouvaient envoyer de l'argent ou autre. Nous en avons discuté avec Lorson et Esdras, qui m'ont expliqué qu'Haïti avait des sentiments amers quant à tous les dons qu'il y avait eu lors des cyclones de 2008, car souvent l'argent envoyé par des grosses organisations finit par remplir les poches de certains profiteurs et non aux véritables victimes.
Nous avons donc décidé de constituer de notre côté un fonds de solidarité qui sera remis par nous-mêmes, sur le terrain, à des personnes ou structures que nous connaissons et qui en auront besoin (cela ne manque pas...). Nous vous tiendrons au courant de ce qui aura pu être fait, promis! Pour cela, vous pouvez verser votre don sur le compte d'Eirene, CCP 23-5046-2, mention "tremblement de terre Haiti".
Pour les habits ou autre, j'avoue ne rien maîtriser concernant les envois concrets par ici, surtout vu la situation actuelle...
Pour ma part, je pleure un petit coup à chaque mail que je reçois, mais le fait d'être avec les enfants ce matin (et l'état des autres enseignants) m'a poussé à rassembler toutes mes bonnes énergies pour faire de chouettes leçons auprès de différentes classes dont les enseignants n'avaient pas la force de s'occuper. Donc ça va... Maintenant encore plus qu'avant, il faut avancer.
Merci encore à vous et à tout bientôt! Céline
P.S. Au niveau perso, voici les nouvelles que j'ai, depuis 5 minutes: - Célia Romulus est saine et sauve chez elle. - Djimy Petiote et sa famille sont vivants également, mais les murs de l'école se sont effondrés. Et de nombreux élèves de Carrefour Feuille sont morts. Affreux. - Jude est en bonne santé également! Il a passé la nuit à soigner les gens à l'hôpital et vient de rentrer chez lui. Ouf!!! Il n'a pas de nouvelles de son centre de santé. - Au niveau de SAJ, je sais seulement que PG est en vie et qu'apparemment il va bien, mais je ne l'ai pas entendu (plus de nouvelles dans une heure). Je n'arrive pas à joindre les autres.
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12 janvier, soir
Chers amis (eh oui, encore moi...), En vitesse, un petit mail concernant les infos que vous allez certainement entendre concernant le tremblement de terre en Haïti...
Tout d'abord, une "bonne" nouvelle: malgré le fait que nous avons senti fortement le séisme cet après-midi à Liancourt (en plein cours de français sur le dialogue...), aucun dégât n'est à déclarer chez nous, à part des petites choses. Tout le monde va donc bien dans mon entourage.
En revanche, l'émotion ici est très forte, car nous avons appris par la radio que c'était un vrai désastre à Port-au-Prince et dans la région. Le problème est que sur les trois réseaux téléphoniques d'Haïti, les deux plus utilisés sont coupés, il est donc extrêmement difficile de joindre les gens. Nous ne savons encore pas ce qu'il en est de la majorité de nos amis ou familles à Port- au-Prince. Nous attendons l'évolution de la situation...
Mais quand j'entends que le palais national, la cathédrale, les ministères, les universités, etc, (tous ces bâtiments pourtant "bien" construits) se sont effondrés, je pense aux bidonvilles que j'ai visités dernièrement et j'imagine avec effroi le drame que cela doit être, pour ces logements en construction anarchique, construits les uns sur les autres... Pourquoi Haïti encore? Pourquoi cela touche encore les gens les plus misérables de la planète? Ceux qui n'ont déjà rien de rien? Je suis dégoûtée et bouleversée.
Je vous tiendrai au courant... Céline
P.S. Pour ceux qui connaissent les mêmes personnes que moi en Haïti, la seule chose que je sais, c'est que les familles de Lorson et Esdras sont sauves (même si la maison de Lorson s'est écroulée).
Je ne sais rien de nos amis de SAJ et de LPH, que je tente de joindre désespérément.
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10 janvier 2010
Haïti, pays de l’insécurité ?
Quelques petites anecdotes à méditer…
...Cela fait 2 mois que je me suis acheté un vélo. Et cela fait 2 mois que je l’emmène partout où je vais, que je le laisse partout où je m’arrête, sans cadenas (personne n’en a ici), et cela fait 2 mois que je retrouve mon vélo partout où je l’ai laissé… Qui ferait pareil à Genève ?
...Liancourt n’est pas une commune en soi, mais une section communale (malgré ses quelques 30'000 habitants). Pour cette raison, il n’y a aucun poste de police, la brigade est au centre de la commune, à 30 minutes de route de chez nous. Et les gens vivent, les choses avancent, je n’ai pas encore entendu qu’il y ait eu un drame ou crime depuis que je suis là, à part une dispute entre jeunes dans un club un vendredi soir. A méditer…
...Au centre de Port-au-Prince, il y a le Champ de Mars, un grande place aménagée avec une grande scène pour d’éventuels évènements, un parc pour les enfants, des bancs, des monuments, et surtout beaucoup d’espace pour que les gens puissent flâner, prendre des petites choses à manger et à boire auprès des vendeurs de rue. Tous les dimanches et pendant les fêtes, très nombreux sont ceux qui viennent se balader, écouter de la musique, voir les expositions artistiques… J’y étais pendant la fin décembre, assise sur les marches de la place, à manger une glace avec mon amie Naama, à écouter la musique qui y était diffusée, à discuter avec les passants et les marchands… Et j’ai bien pensé à toutes les personnes qui m’avaient dit que j’étais folle de partir en Haïti et que j’y risquais ma vie J
Bien entendu, je ne me leurre pas et je vois aussi à quel point le peuple haïtien est tout de même victime de problèmes de violence, comme de nombreux pays connaissant un grand taux de misère (quand quelqu’un n’a pas mangé depuis plusieurs jours et qu’il n’a aucune ressource potentielle, comme dans de nombreux bidonvilles, il devient difficile de lui demander de respecter son prochain et de garder son sens moral... Comment agir face à cette criminalité de pure survie ?). Mais mes amis Haïtiens déplorent surtout les problèmes de gouvernance, le peuple est livré à lui-même face à cette misère et à tous les manques cruels quotidiens à tous les niveaux.
Mais bon, je voulais simplement relativiser tout ce qu’on dit sur Haïti, car c’est souvent beaucoup trop restrictif et déformé.
7 décembre 2009
7 décembre 2009
Au fur et à mesure de mes discussions et expériences, je réalise de jour en jour l’ampleur du « problème » haïtien… Voici quelques bribes d’informations et d’actualités, où tout semble lié :
- Dernièrement, dans le pays, a eu lieu un débat concernant l’augmentation du salaire minimum en Haïti, de 3 francs à 5 francs par jour. Bien entendu, cela a été refusé. Cela aurait pu mener à la faillite des « pauvres » patrons, non ? Pour info, un repas en Haïti coûte minimum 1.50fr par personne, les trajets en taptap pour aller au travail se montent à 1 fr minimum pour la journée, et les travailleurs ont toujours une famille entière à nourrir, habiller, envoyer à l’école, loger (les loyers coûtent aussi, ainsi que toute l’eau utilisée et toute forme d’énergie pour s’éclairer), guérir s’il y a des maladies… Cherchez l’erreur…
- Quand on sait que 70% de la population ne trouve pas de travail, ça fait encore plus mal… A partir de là, quel rôle doit avoir l’éducation ? Comment motiver les jeunes à apprendre lorsqu’ils savent qu’ils n’auront qu’une chance minime de trouver un travail, avec ou sans études ? Pourquoi se sacrifier financièrement pour aller à l’école, lorsqu’on est environ 50 par classe et que même notre professeur ne comprend pas ce qu’il est censé nous enseigner ?
- Dans l’Artibonite, seuls 2 à 5% des étudiants qui se présentent pour le bac le passent. Ils ont tous pu arriver jusque là, alors que la majorité n’a pas pu acquérir le minimum de compétences nécessaires. J’ai fait la connaissance de jeunes qui sont en année de bac ; certains d’entre eux ne pouvaient pas me dire une seule phrase en français (leur langue est véritablement le créole), alors que tous les examens sont en français… Dans quelle illusion garde-t-on ces jeunes depuis des années ? Ils travaillent plusieurs heures par jour pour réviser leurs cours, le soir je les trouve tous réunis à la station d’essence avec leurs cahiers, car c’est le seul endroit du village où la lumière est là pour leur permettre de travailler. Et cela pour quel résultat ?
- De toute manière, me direz-vous, on prend les enseignants sans formation, donc comme plein d’écoles s’ouvrent, ces jeunes n’ont qu’à devenir enseignants… Dans ce cas, la question est : Sont-ils prêts à travailler à 100 % avec un « salaire » promis, mais qui ne vient jamais ? Un de mes amis a enseigné pendant une année entière dans une école, sans jamais voir la couleur de l’argent…
- Effectivement, le manque de contrôle est tel que de nombreux directeurs d’école ont à peine le niveau de 7ème année, à nouveau sans aucune autre formation, appui et surveillance. Et de toute façon, que peut-on faire lorsqu’on sait que Lorson et Esdras, mes directeurs, ont fait toutes les démarches pour obtenir une licence de fonctionnement officielle : leur dossier est complet depuis 2005, il attend simplement une signature du ministère, dans les bureaux entre 1000 autres dossiers… Et cela ne change rien.
Je peux vous dire qu’au vu de ce que gagnent mes amis et les gens qui m’entourent, je ne comprends PAS comment ils vivent, comment ils s’en sortent au quotidien. En comparaison avec notre vie européenne, on appellerait cela de la survie. Malgré tout, les Haïtiens que je fréquente restent pleins de bonne humeur, de joie, d’espoir, et nombreux sont ceux qui tentent de petites initiatives pour améliorer la vie de leur communauté, à défaut de pouvoir le faire à l’échelle du pays… Ils VIVENT, ça, c’est sûr.
Au fur et à mesure de mes discussions et expériences, je réalise de jour en jour l’ampleur du « problème » haïtien… Voici quelques bribes d’informations et d’actualités, où tout semble lié :
- Dernièrement, dans le pays, a eu lieu un débat concernant l’augmentation du salaire minimum en Haïti, de 3 francs à 5 francs par jour. Bien entendu, cela a été refusé. Cela aurait pu mener à la faillite des « pauvres » patrons, non ? Pour info, un repas en Haïti coûte minimum 1.50fr par personne, les trajets en taptap pour aller au travail se montent à 1 fr minimum pour la journée, et les travailleurs ont toujours une famille entière à nourrir, habiller, envoyer à l’école, loger (les loyers coûtent aussi, ainsi que toute l’eau utilisée et toute forme d’énergie pour s’éclairer), guérir s’il y a des maladies… Cherchez l’erreur…
- Quand on sait que 70% de la population ne trouve pas de travail, ça fait encore plus mal… A partir de là, quel rôle doit avoir l’éducation ? Comment motiver les jeunes à apprendre lorsqu’ils savent qu’ils n’auront qu’une chance minime de trouver un travail, avec ou sans études ? Pourquoi se sacrifier financièrement pour aller à l’école, lorsqu’on est environ 50 par classe et que même notre professeur ne comprend pas ce qu’il est censé nous enseigner ?
- Dans l’Artibonite, seuls 2 à 5% des étudiants qui se présentent pour le bac le passent. Ils ont tous pu arriver jusque là, alors que la majorité n’a pas pu acquérir le minimum de compétences nécessaires. J’ai fait la connaissance de jeunes qui sont en année de bac ; certains d’entre eux ne pouvaient pas me dire une seule phrase en français (leur langue est véritablement le créole), alors que tous les examens sont en français… Dans quelle illusion garde-t-on ces jeunes depuis des années ? Ils travaillent plusieurs heures par jour pour réviser leurs cours, le soir je les trouve tous réunis à la station d’essence avec leurs cahiers, car c’est le seul endroit du village où la lumière est là pour leur permettre de travailler. Et cela pour quel résultat ?
- De toute manière, me direz-vous, on prend les enseignants sans formation, donc comme plein d’écoles s’ouvrent, ces jeunes n’ont qu’à devenir enseignants… Dans ce cas, la question est : Sont-ils prêts à travailler à 100 % avec un « salaire » promis, mais qui ne vient jamais ? Un de mes amis a enseigné pendant une année entière dans une école, sans jamais voir la couleur de l’argent…
- Effectivement, le manque de contrôle est tel que de nombreux directeurs d’école ont à peine le niveau de 7ème année, à nouveau sans aucune autre formation, appui et surveillance. Et de toute façon, que peut-on faire lorsqu’on sait que Lorson et Esdras, mes directeurs, ont fait toutes les démarches pour obtenir une licence de fonctionnement officielle : leur dossier est complet depuis 2005, il attend simplement une signature du ministère, dans les bureaux entre 1000 autres dossiers… Et cela ne change rien.
Je peux vous dire qu’au vu de ce que gagnent mes amis et les gens qui m’entourent, je ne comprends PAS comment ils vivent, comment ils s’en sortent au quotidien. En comparaison avec notre vie européenne, on appellerait cela de la survie. Malgré tout, les Haïtiens que je fréquente restent pleins de bonne humeur, de joie, d’espoir, et nombreux sont ceux qui tentent de petites initiatives pour améliorer la vie de leur communauté, à défaut de pouvoir le faire à l’échelle du pays… Ils VIVENT, ça, c’est sûr.
18 novembre 2009
Mes trajets Liancourt - Port-Au-Prince : toute une aventure !!!
Les transitions ne sont pas toujours faciles, car ce sont deux mondes extrêmement différents : en arrivant là-bas, je suis d’abord déboussolée et regrette le calme et la « paix » de la campagne, puis c’est en rentrant que je dois me faire au fait d’avoir nettement moins de « stimulations » à divers niveaux.
Or, pour me rendre à Port-au-Prince (et inversement), c’est en général une véritable expédition ! Le trajet dure 3 heures en moyenne, mais c’est sans compter les petites aventures que voici :
Tout d’abord, lorsqu’on arrive à la gare routière, il faut trouver le bon bus… Heureusement, là, plein de gens me sautent dessus pour savoir où je vais et me conduisent au bon bus. Jusqu’à présent, j’ai toujours eu la chance de trouver des bus presque remplis, ce qui me permet de n’attendre qu’une heure environ avant le départ, mais certains passagers sont déjà là depuis 2 heures de temps… En effet, pour que le bus (type autobus, souvent des anciens bus scolaires américains) démarre, il faut qu’il y ait minimum 6 personnes par rangée. Or, chaque rangée est composée de 2 sièges, chaque siège étant prévu pour 2 personnes… Donc pour que les passagers en plus puissent s’asseoir sur quelque chose de « dur », on tire un peu le banc de chaque siège (la partie du bas, où on pose nos fesses) en direction du milieu du bus. A partir de là, les 6 passagers « s’emboîtent » (je vous promets qu’au moment où le 6ème s’assied, les autres ne bougent plus !) et il n’y a plus de voie de passage, vous voyez ?
Donc là, en attendant les derniers arrivants, on sue, on transpire, on achète des bouteilles d’eau aux petits vendeurs qui s’accrochent aux fenêtres du bus (mais pas trop pour éviter d’avoir trop besoin de faire pipi), on fait connaissance… et après plusieurs faux départs… On démarre !!!!
A ce moment, un passager se lève (c’était en fait un vendeur déguisé !), et se met à faire des devinettes en offrant des biscuits aux gagnants, ceci pour captiver l’assistance. Après cela, il se met à nous présenter des produits extraordinaires, par exemple une lotion miracle qui soigne les douleurs d’estomac, les entorses, les brûlures, la peau sèche, les maux de gorge, les migraines, suivant l’endroit où on l’applique… Le vendeur nous explique que nous devenons notre propre médecin, plus besoin d’aller à l’hôpital. Votre enfant a des difficultés scolaires ? Mettez-lui un peu de lotion avant de l’envoyer à l’école, il pourra mieux se concentrer ! Et cela pour l’équivalent de 2 francs (ce qui représente beaucoup ici) … Et les gens achètent !!!!! Cela dit, ces vendeurs sont d’incroyables comédiens, et je m’amuse beaucoup à les écouter !
Ensuite, après diverses pannes, pneus crevés et arrêts autres, au rythme des sauts du bus qui roule dans les trous inévitables de la route, il arrive souvent qu’une joute verbale s’improvise entre 2 personnes du bus (généralement une à l’avant et une à l’arrière, forcément), qui s’envoient des vannes bon enfant ; après chaque réplique, les cent passagers hurlent en coeur, commentent et éclatent de rire.
Ainsi, chaque trajet est unique, divertissant, exténuant… et l’occasion de réaliser quelques différences culturelles !
26 octobre 2009
Depuis quelques semaines, je continue à prendre mes marques dans ma nouvelle vie, dans laquelle je me sens si bien! (... malgré quelques difficultés quand-même, je vous rassure, hehe! Pas toujours évident d'être la seule "blanche" dans un milieu où les gens sont si peu habitués à la différence)
Au niveau du travail d’abord:
Il est fou de constater comme les conditions qui pouvaient nous paraître choquantes et ingérables au début peuvent devenir « normales » après un certain temps ! Je m’habitue même au bruit dans les classes primaires, même si ma voix en pâtit grandement…
Au niveau de l’école primaire (pour rappel : le matin), je suis peu dans les classes, car le matin est le moment privilégié pour moi pour préparer les cours que je donnerai aux étudiants l’après-midi et surtout effectuer notre éternelle recherche de fonds… quand la connexion Internet ne fait pas ses caprices! Cela dit, je vais commencer des cours de musique et d’informatique avec les 3ème et les 4ème année cette semaine, et je prends quand même pas mal de temps pour travailler l’écriture des lettres que les enfants enverront aux élèves de l’école d’Onex-Parc, mon ancienne école avec laquelle nous avons créé une correspondance ! De plus, je ne peux pas m’empêcher de commencer à concevoir quelque chose pour la prise en charge des élèves en grande difficulté… On ne se renie pas, eheh !
Concernant les cours donnés aux étudiants (l’après-midi, mon principal mandat), jamais je n’aurais pensé à quel point je « m’éclaterais » ! Il n’y a aucun mot qui puisse exprimer le bonheur que je vis au quotidien avec ces jeunes de mon âge qui « rêvent de parler français comme moi », qui découvrent l’informatique les yeux illuminés, et qui me demandent d’organiser des stages de musique pendant les vacances !
Là aussi, je pense souvent à mes collègues suisses concernant l’adaptation qui m’est nécessaire au niveau des conditions… Quand la pluie torrentielle se met à tomber sur le toit de tôle et que je n’entends même plus le son de ma voix… quand je dois imaginer mille et une alternatives à l’utilisation de papier alors que je travaille sur les types de texte et que je voudrais donner tant de documents… quand je propose aux étudiants de travailler avec une méthode de grammaire en leur disant le prix, qu’ils sont tous enthousiastes, que je vais acheter les livres et que 2 semaines plus tard, il manque encore le tiers de l’argent que je leur ai avancé, car ils ne l’ont juste pas…
Lorsque je travaille avec les 30 étudiants de 1ère année et que je vois leurs difficultés, je réalise les séquelles d’un enseignement traditionnel où l’enseignant se contente de faire répéter par cœur les notions à ses élèves, où il ne leur demande jamais (ou rarement) de réfléchir ou de créer quoi que ce soit, où il ne comprend souvent même pas les notions qu’il enseigne… Je suis confrontée à un public qui attend juste que je leur dise et leur écrive au tableau ce qu’ils « doivent » apprendre et retenir, C’est un énorme défi pour moi de casser cette tendance, de les faire pleinement participer et « vivre » leurs apprentissages, surtout qu’il s’agit de futurs enseignants... Je suis en train d’expérimenter divers stratagèmes, je vous tiendrai au courant de mes résultats !
Sinon, lorsque je travaille avec les 2ème et 3ème année, je prends conscience du travail incroyable réalisé par Lorson et Esdras, les 2 formateurs et directeurs… car cela n’a rien à voir avec les 1ère année! Les étudiants se passionnent pour les activités, posent des questions tellement pertinentes…
Sinon, au niveau de ma vie quotidienne:
Je viens de passer 2 week ends à Liancourt, et là également, c’est du pur bonheur ! Ces plaisirs tout simples mais tellement forts d’être à la maison avec les amis (ma maison est toujours pleine, c’est génial !), préparer à manger ensemble, faire la lessive ensemble, discuter et rire, jouer de la guitare et chanter (là, on est dans notre période "francis Cabrel", hihii!), faire une petite ballade dans le village… De plus, ma présence et mon côté un peu « hyperactif » poussent les gens de mon entourage à organiser plein de choses (sorties à la rivière, soirées…) qu’ils ne faisaient pas avant et ils en sont aussi heureux que moi, donc mon plaisir est encore plus grand !
J’aurais encore tellement de choses à vous écrire… Mais je vais m’arrêter là ! Merci pour votre attention:-)
8 octobre 2009
Aujourd'hui, voilà une semaine que j'ai quitté la Suisse... Après un voyage en avion un peu difficile en raison des émotions et des quelques appréhensions qu'un tel changement de vie peut susciter (surtout au moment où on réalise qu'on est parti "pour de vrai"!), j'ai eu le bonheur d'être accueillie dans mon nouveau "chez moi" et de vivre au quotidien un feu d'artifices de découvertes, rencontres, rires, jeux et autres!
Arrivée à Liancourt, j'ai découvert la petite maison dans laquelle je vais dorénavant vivre avec mes deux acolytes Lorson et Esdras: une vraie petite merveille! ... enfin, si je fais abstraction des charmantes petites bêbêtes (telles que mygales, crapauds, moustiques à profusion et autres personnages bizarres dont je ne connais pas le nom...) qui ont décidé de peupler ce lieu avec nous!
Depuis lundi, mes journées sont plus que bien remplies: réveil à 5h (eeeeeeh oui!) pour pouvoir accueillir les enfants qui arrivent dès 6h45 à l'école. Là, petite séance avec les enseignants, cérémonie d'ouverture avec tous les élèves (montée du drapeau, etc), puis à 8h les 7 classes démarrent leurs activités respectives. L'ambiance est extrêmement vivante... ce qui est une énorme richesse, mais qui peut devenir, selon moi, un obstacle aux apprentissages lorsqu'on travaille dans les conditions de lieu auxquelles est confrontée l'école Dabalor: en effet, les différentes classes ne sont séparées que par des parois de bois, ce qui fait que si n'importe quelle classe chante ou répond à tue-tête à leur enseignant (c'est-à-dire souvent), il devient quasiment impossible pour n'importe quelle autre classe de faire une activité calme de recherche et de partage où chaque élève peut s'exprimer... J'ai été quelque peu découragée les premiers jours en prenant conscience que dans de telles conditions, j'aurai beaucoup de mal à réaliser la majorité des activités que j'avais imaginé de proposer aux enseignants, dans une orientation type "éducation nouvelle", en rendant les élèves actifs et chercheurs. Mais avec les jours qui passent, je reprends espoir de pouvoir faire quelque chose quand même! Cela surtout grâce aux discussions si riches que j'ai avec les enseignants de l'école et qui me montrent à quel point on peut avoir la "flamme" malgré une réalité plus que difficile.
Mais je m'égare... Continuons donc dans le récit de mes journées-type: Durant la matinée, je varie entre des tournées dans les classes (avec un peu d'appui auprès des élèves, je ne peux pas m'en empêcher!), préparation du travail à faire avec les éudiants, travail administratif sur l'ordinateur, tentatives de capter la connexion Internet, etc!
A 13h, les enfants rentrent chez eux, nous mangeons un petit plat concocté par nos amies Ezline et Carole, et à 14h, Lorson, Esdras et moi-même accueillons les étudiants de l'ENL (qui se destinent à l'enseignement ou enseignent déjà le matin, pour les plus courageux)! Cette semaine, je ne donne pas encore de cours, car pour faire les choses correctement, j'avais besoin de m'imprégner du fonctionnement général de l'établissement... Bon, j'avoue que, suite à un souci d'organisation, je me suis quand même proposée pour improviser (en 5 minutes de préparation, hihii!) un atelier d'écriture pour les 20 étudiants de 3ème année, c'était passionnant! (des étudiants ont d'ailleurs été d'acccord de mettre certaines de leurs productions sur le site, cf "paroles haitiennes").
Il n'y a pas de mot pour qualifier la qualité et l'intensité de l'accueil qui m'a été réservé par les étudiants de l'ENL. Toute une cérémonie de chants, de jeux, de remerciements (alors que je n'ai encore rien fait... ça me met la pression, eheh!), de rires, de musique... et même du champagne!
Chaque jour, entre l'arrivée et le départ des étudiants, je vis 5 heures de bonheur, de partage intellectuel et émotionnel, de prises de conscience de la dure réalité que certains vivent au quotidien, d'admiration face à la joie, la motivation et l'intérêt qu'ils portent à travers chaque cours qu'on leur propose...
Dès la semaine prochaine, je démarre les cours de français, d'informatique et de musique (en y alliant bien sûr la pédagogie, car à terme les étudiants devront pouvoir enseigner ces matières!). J'espère pouvoir être à la hauteur de leurs attentes, au vu de tous les questionnements que mes observations m'ont apporté ces derniers jours. Moi qui suis formée et convaincue par des démarches pour une vingtaine d'élèves, démarches dans lesquelles on se déplace, on partage en groupes, où chacun doit trouver un espace pour participer, avec à disposition un matériel adéquat et varié, puis-je proposer cela à des enseignants qui ont 50 enfants entassés en rangs dans un local exigu, sans aucun matériel? Réflexions à suivre!!!
Donc voilà pour ma journée-type... Après 19h, Lorson, Esdras et moi rentrons "à la maison", discutons, jouons un peu de guitare, chassons les crapauds qui sont dans la douche, rigolons... Et à 22h, me voilà déjà au lit à bouquiner, eheh (cela doit bien faire rire mes amis qui connaissent le rythme effréné de mes soirées salsa que j'ai vécu toute cette année
)
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